Psychanalyse & société
Le regard de Chantal Calatayud

 

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A lire : les livres et quelques articles
de Chantal Calatayud, psychanalyste,
Directrice de l'Institut Français de Psychanalyse Appliquée,
auteur,
parus dans Psychanalyse magazine.

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« Mon petit garçon n’a pas été reconnu par son père »


J’ai eu une liaison avec un homme marié, union qui, pour moi, s’est concrétisée avec la venue au monde de mon fils Loïs, il y a quinze mois. Si mon ami s’est soucié de notre enfant dans les premières semaines de sa vie, il s’en est désintéressé progressivement et ne l’a pas reconnu. Il faut dire que la première année de Loïs n’a pas été drôle : il est né avec deux mois d’avance et pesait 1300 grammes. S’il est vrai que j’ai beaucoup changé en raison de la santé de mon petit garçon (en étant moins disponible par exemple), je n’ai pas compris le rejet de son père qui a fini par disparaître de la circulation. J’ai pensé – peut-être pour m’aider à faire mon deuil – que c’était mieux ainsi mais mon beau-frère, pédiatre, me dit que j’en arrive à former un couple fusionnel avec Loïs, ce qui n’est pas bon pour lui. Dois-je rétablir un contact avec le père de mon enfant ?

Yamina N. – 69500 Bron

La réponse du psychanalyste

Bien entendu, si vous en avez la possibilité, il serait précieux de rétablir un contact, non pas tant en raison de ce lien fusionnel auquel fait allusion votre beau-frère (la dé-fusion se met en place progressivement, en général, au cours des dix-huit premiers mois de la vie), mais, surtout, parce que le père représente le monde extérieur pour l’inconscient collectif et individuel et, donc, la loi. Grandir sans cette « jambe » rend l’existence plus difficile, plus bancale, de toute évidence. Par ailleurs, il y a dans votre situation, un autre axe à considérer : il s’agit de la reconnaissance officielle de votre enfant par son père. On constate de plus en plus de cas où les enfants ne portent pas le nom du père et, en écoutant ce type de mères, on réalise très vite, la plupart du temps, que cette situation permet à la mère de s’approprier fantasmatiquement en totalité l’enfant. Certains courants psychanalytiques disent même que la mère « phallicise » l’enfant, dans ce type d’exemple (souvent par désir inconscient de pouvoir), et l’enfant (en l’absence du père) va prendre un pouvoir certain. Si cela reste assez classique, se surajoute dans l’histoire de Loïs sa prématurité. Voilà un petit garçon qui, déjà, occupe une place très importante (certes, de par la précarité de sa santé), au point que le père se soit volatilisé… Quel pouvoir pour un inconscient que de se débarrasser du rival (fantasmatique) aussi rapidement ! Le narcissisme de votre enfant peut se renforcer à la longue de façon excessive et toute compétition lui apparaîtra insupportable, a fortiori s’il n’en est pas l’heureux gagnant… Ce processus peut le rendre assez velléitaire quant aux combats inévitables qu’impose toute existence. Par ailleurs, plus gênant encore le fait que Loïs puisse fantasmer un jour, toujours compte tenu du démarrage singulier de sa vie, que la maladie exclut toute rivalité potentielle. Voici des hypothèses qui, malheureusement, peuvent plus tard voir le jour et, plus le temps passe, plus les labyrinthes inconscients fabriquent ce que la psychanalyse appelle des noeuds borroméens. Ainsi,Yamina, réagissez et agissez dès maintenant ; vous avez de bonnes chances d’offrir à Loïs la meilleure des protections : effectivement, et encore une fois, le temps n’a pas eu toute la latitude de jouer contre votre enfant qui ne découvrira essentiellement le lien paternel que vers un an et demi environ.

 

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