Psychanalyse & société
Le regard de Chantal Calatayud

 

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A lire : les livres et quelques articles
de Chantal Calatayud, psychanalyste,
Directrice de l'Institut Français de Psychanalyse Appliquée,
auteur,
parus dans Psychanalyse magazine.

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Le divan, mode d'emploi

 

Il a fallu attendre la fin du XIXème siècle et la méthode cathartique de Joseph Breuer pour que la psychanalyse voit le jour. Ainsi, sans l’hypnose et la capacité de certains sujets à répondre à l’hypnose, la technique des « associations libres » ne se serait pas développée...

 

Freud, dès 1896, officialise la psychanalyse en postulant d’un inconscient, cette partie cachée de la personnalité ; il affirme que le langage, tout comme le rêve ou les actes manqués, véhiculent le refoulé. Etre psychanalyste, c’est avant tout écouter en empathie le patient et interpréter ses productions langagières.

 

Qu’est-ce que « l’attention flottante » ?

Il s’agit, pour le professionnel, de rester le plus neutre possible dans l’écoute, c’est-à-dire de ne pas organiser les propos du consultant selon une pseudo logique qui aurait pour effet désastreux de fabriquer du but et donc des limites limitatives.

 

Quel est le sens de la « règle fondamentale » ?

Comme toute règle, cette convention permet de structurer la séance analytique et ainsi d’apporter les sécurités nécessaires. Elles demandent essentiellement à l’analysant de dire tout ce qui lui vient à l’esprit, sans faire de tri. En un siècle et quels que soient les courants, elle a su rester identique, appartenant de fait au registre du symbolique. Par ailleurs, Freud parle « d’influence correctrice du paiement » ; ces travaux, qui datent de 1913, suppriment la possibilité de la gratuité de la cure ; pour lui, le non-engagement personnel pécuniaire renforce les résistances, ce qui entraîne l’augmentation de l’hystérie de séduction chez le femmes et l’agressivité chez les hommes qui se vivent, quant à eux, alors réduits, castrés, amputés dans leurs capacités. Freud considère que cette « règle » symbolique, qui consiste à « régler » une séance, « règle » les processus névrotiques. Il situe toute réaction altérée à l’argent comme un processus d’étayage libidinal anal. Ainsi, l’argent dans la cure va-t-il laisser jaillir des attitudes comportementales évidentes, le patient pouvant se positionner tour à tour en victime dépossédée, puis en généreux donateur ; dans les deux cas, « Complexe du Sauveur » aidant, s’acquitter de la sorte permet à l’inconscient de progressivement s’auto déculpabiliser. Apprendre à s’auto déculpabiliser, c’est aussi par ailleurs accepter de ne rien demander à l’analyste.

 

Divan ou face à face ?

En fonction de l’obédience du psychanalyste, les séances diffèrent. Dans son ouvrage « La technique psychanalytique », Sigmund Freud explique qu’il désire que le patient s’allonge sur un divan et que le psychanalyste reste assis de façon à ne pouvoir être regardé par l’analysant. Il ajoute que cet usage a une signification historique puisqu’il représente le vestige de la méthode hypnotique. Par contre, il complète ses écrits par le fait qu’il ne supporte pas d’être regardé « huit heures par jour ou davantage » ; même s’il justifie ensuite l’intérêt du transfert établi de la sorte, cent ans plus tard, cette attitude apparaît irrecevable dans la mesure où tout psychanalyste ayant dû être analysé avant de pouvoir pratiquer, celui-ci est censé avoir liquidé le moindre comportement « paranoïde » ! Et si comme Jacques Lacan l’a dit, le symptôme se résout tout entier dans une analyse du langage, on peut comprendre aisément, le superbe passage écrit par Pierre Rey dans son excellent livre « Une saison chez Lacan » : Le divan est la meilleure des chambres d’écho – en ce qui me concerne, divan est à prendre comme métaphore car au cours de mon analyse, les séances s’étant déroulées en face à face, je ne m’y allongeai jamais... Dans ce même livre, Pierre Rey précise que son analyse avec Lacan a duré dix ans !

 

La durée
La durée d’une séance chez un psychanalyste freudien est fixée à cinquante-cinq minutes. Les lacaniens travaillent sur des séances à durée variable et posent ce que Jacques Lacan a appelé « scansion » ; ainsi, lorsque du discours de l’analysant jaillit un phonème signifiant, ou un lapsus, ou un homonyme, l’interruption de la rencontre est signifiée sur-le-champ, afin qu’il y ait interrogation ; Lacan concluait souvent par son célèbre « Je ne vous le fais pas dire ». Ces deux méthodes sont connues pour présenter divers inconvénients : les séances à durée fixe posent la responsabilité du transfert dans la mesure où il est imprudent, voire dangereux, de laisser partir un patient en transfert négatif ; or, l’inconscient ne connaissant pas le temps, il est impossible d’échapper, selon cette technique précise, à la subjectivité de l’occupation temporelle de l’espace. Les scansions, quant à elles, demandent un grand talent et n’y a-t-il pas risque de s’attaquer au symptôme en interrompant « un » langage que, quoi qu’il en soit, l’analyste s’est approprié un court instant ? Effectivement, même si un lapsus est un acte manqué, « ce discours réussi » exclut à lui seul et de fait le psychanalyste ; il y a là de la contradiction, à savoir que l’analyste s’appropriant une production langagière qui n’a de sens que pour l’analysant, il peut exister, en agissant de la sorte, la possibilité de renforcer les processus confusionnels. Par ailleurs, une scansion maladroitement posée, prématurée, peut toucher une formation de compromis, cas auquel l’anaclitisme, c'est-à-dire l'étayage s’en trouvera aggravé, renforcé. Actuellement, ce type de considérations pousse plutôt à entendre les compulsions de répétitions de l’analysant. Ainsi, si le patient exprime une idée « i » en début de séance – comme par exemple, « j’ai le désir de changer ma voiture » – et qu’un quart d’heure, une demi-heure, une heure et quart plus tard, l’inconscient revient de façon explicite sur cette idée de voiture à changer, la répétition indique que l’inconscient a libéré, à l’instant « t », l’énergie qu’il pouvait fournir ; il signifie ainsi la fin de la séance et le rythme du patient est alors respecté.

 

La guidance
Freud préférait les psychanalystes de formation linguistique – plutôt que médicale – pour deux raisons essentielles : tout d’abord, la psychanalyse ne s’attaque pas au symptôme mais, au contraire, en fait un allié afin qu’il ne se déplace pas ; or, un psychanalyste médecin aura une pratique certes plus active mais qui cherchera davantage à pister un processus de guérison ; on retrouve, en général, dans ces cas-là, une « directivité » plus grande que chez les autres praticiens. Il est à noter, cependant, que c’est de la qualité du transfert établi que dépend essentiellement le résultat d’une cure et un analysant ne choisit, de toute façon, pas par hasard un psychanalyste. Après tout, il peut y avoir une recherche de sécurité bien légitime, en début de cure, à choisir un professionnel initialement diplômé d’Etat… L’autre raison dépend directement de la fonction analytique qui consiste à écouter, puis lire l’inconscient. Cette pratique demande une formation très pointue, notamment linguistique et rhétorique, afin d’entendre, outre les phonèmes, les implicites. En psychanalyse, on appelle implicite une production langagière ambivalente, c’est-à-dire qui a plusieurs sens ; l’analyste repère, dès qu’il le peut, le premier homonyme prononcé afin de pouvoir renvoyer le transfert. Ainsi, si l’analysant introduit dans son discours le mot « fois », le psychanalyste entendra l’homonymie ; ayant dépassé, puisque analysé, l’angoisse liée à l’influence des parents surmoïco-castrateurs, il « s’autorisera de lui-même » en déclenchant son propre imaginaire afin de continuer le discours, de contre-transférer selon un sens différent ; Freud indique par-là même que chacun possède en son propre inconscient un instrument avec lequel il peut interpréter les expressions de l’inconscient chez l’autre. L’analyste utilise ainsi méthodologiquement sa propre individuation et en travaillant avec une libido concernant les réservoirs de l’inné, il permet, sans risque et progressivement, à l’analysant de dépasser son angoisse de castration ; l’analysant apprend peu à peu à devenir incontrôlable et incontrôlé ; la distance étant dès lors posée, le principe de l’alter ego se met en place et le patient accepte ainsi d’être à la fois semblable et différent ; la difficulté réside dans le fait que, consciemment, l’analysant ne doive pas « réaliser » la subtilité de cette technique ; le psychanalyste, en empathie, pourra insérer alors la notion de « foi », ou de « foie », tout en respectant donc les explicites du patient ; c’est cette subtile transformation d’une liberté du discours, donnée par la méthode de libres associations, qui permettra progressivement à l’analysant de « s’autoriser de lui-même » à son tour, afin de ne plus subir la moindre influence réductrice venant de l’extérieur.

D’autres subtilités méthodologiques interviennent en guidance de cure, indépendamment des métaplasmes qui s’étayent sur les productions phoniques : les éléments syntaxiques ou métataxes, l’organisation symbolique du discours ou métalogismes et les données du langage, de signifiants sont passés à signifiés, les métasémènes. Se surajoutent d’autres facteurs à prendre en compte comme les suppressions, les permutations, les adjonctions. Il s’agit là, bien sûr, d’une simplification de la méthode analytique à laquelle il apparaît nécessaire aussi d’opposer la célèbre expression de Lacan : « Faire le mort » ; et qui pouvait mieux que lui, dans ses « Ecrits », résumer le paradoxe qui s’infiltre dans toute rencontre analyste-analysant : Qu’elle se veuille agent de guérison, de formation ou de sondage, la psychanalyse n’a qu’un médium : la parole du patient (…). Or, toute parole appelle réponse. Nous montrerons qu’il n’est pas de parole sans réponse même si elle ne rencontre que le silence, pourvu qu’elle ait un auditeur et que c’est là le cœur de sa fonction dans l’analyse...

S’il est possible d’associer Carl Gustav Jung à la psychanalyse, il est à noter que le psychologue analytique (jungien) démarre ses séances par un inducteur. Ce procédé a d’ailleurs été avalisé par Freud. Il peut s’agir d’un mot, d’une idée, d’une image, d’un nombre, de l’élément d’un rêve lancé par le thérapeute ; à l’inverse, le thérapeute peut demander au patient de travailler sur un mot déclenché spontanément par son imaginaire. Ensuite, le déroulement de la séance reste proche de la méthode d’associations libres.

 

L’interprétation

Quant à l’interprétation, elle se retrouve dans toutes les cures. Il s’agit-là de la communication faite au patient du sens caché du matériel fourni. Mais doit-on rappeler qu’un psychanalyste est payé essentiellement pour interpréter ? Et alors que le « Vocabulaire de la Psychanalyse », de Laplanche et Pontalis, insiste sur le fait que la communication de l’interprétation est par excellence le mode d’action de l’analyse et que l’on pourrait caractériser la psychanalyse par l’interprétation, on peut se demander pourquoi et comment a pu se développer et se répandre largement l’idée qu’un psychanalyste ne parle pas ?

 

 

 

 

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